mardi, février 21, 2012
Bandcamp (20) - Blue Chill - Heartlag - 8,3/10 (Gratuit)
Les boulimiques musicaux connaissent cela. Il y a des albums dans lesquels on entre intensivement mais qu'on a presque peur de faire partager. Exemple, l'album Feral Songs For The Epic Decline de Bruce Lamont (2011). On a beau être subjugué et sombrer au fil des écoutes, on a des doutes à communiquer. Car à réentendre obstinément un premier morceau qui déraille complètement des cadres fixés, on redoute à le partager et à courir le risque de recevoir en réplique un simple "Mais ça sonne -c'est!- complètement faux". Bah, avec Lamont, on est tout de même rassuré, son aura limite tout de même le risque...
Excusez la digression car elle s'est imposée à moi car, chaque fois que je réécoute Blue Chill, dans mes listes Itunes, c'est Bruce Lamont qui suit. Or, donc, même si la musique est toute différente, Blue Chill me procure la même sensation, mais en plus fort. Ce Hertlag EP (mais, déjà, pourquoi l'appeler EP pour dix morceaux et 40 minutes?) est d'une audace folle. Il multiplie les contrepoints, les embardées sur le fil du rasoir et les pas de côté à la marge.
Ca crisse et cela déraille. Mais, au fil d'écoutes répétées de ce Heartlag, j'accroche de plus en plus, goûtant intensément au travail consenti. Au point que j'y entends à l'occasion certaines des lignes épurées de Peter Hammill et Van Der Graaf Generator qui peuvent aussi bien cotoyer les dissonances de Pavement, les dérapages de Robert Wyatt ou les champs glacés de Sigur Ros. Ils n'en sont pas certes encore au point d'approcher ceux-là mais, culture rock ne peut mentir, ils ont au moins la capacité à en assimiler et rendre les lignes.
Pour résumer, je trouve absolument pertinente la description foireuse qu'ils font d'eux-mêmes : à savoir qu'ils se consacrent depuis 2005 (ah bon?) à une recherche sonore ambitieuse, faite d'harmonies entêtantes et dissonantes (bien vu!), de compositions tour à tour complexes et épurées (re-bien vu!), épiques et intimes (re-re), tourmentées et apaisées (bing!).
Reste un défaut de communication. Je ne me souviens d'ailleurs pas comment ce EP s'est retrouvé dans ma liste de lecture; simple recherche Bandcamp?). Si je comprends bien, ils se sont lancés dans une série d'EP successivement publiés (le prochain et troisième sera Leglag ce 29 février). Brainlag était sorti en décembre 2010 et Heartlag en novembre 2011. Ils sont de Brest et ont également à leur catalogue un album de vingt titres en mars 2009, Floating Wood, que je n'ai pas encore écouté). Par contre, pour trouver une présentation cohérente de leur succession de EP, on peut toujours courir (Wiki-Brest, c'est pas très clair). A l'opposé, ce band a résolument choisi la voie de la distribution libre. Ne reste plus qu'à écouter et télécharger librement.
Ils seront bientôt en concert à Bruxelles au DNA, endroit relativement confidentiel.
Le premier morceau du EP à sortir ce 29 février.
Libellés :
Albums,
Bandcamp,
Blue Chill
Inscription à :
Publier les commentaires (Atom)


6 commentaires:
Hi! Eh bien moi, je crois savoir comment cet album s'est retrouvé dans ta playlist :)
Merci pour ta chronique élogieuse, du coup je ressens le besoin d'ajouter quelques précisions, dans l'ordre de lecture:
1/ C'est vrai qu'Heartlag fait plutôt la taille d'un album. Mais il a été conçu dans une suite logique, entre un Brainlag de 5 titres et un Leglag (spoler!) de 5 titres également. Il a été écrit et enregistré en très peu de temps, et notre vision d'un album est à nos yeux une démarche beaucoup plus lente et complexe (comme Floating Wood dont tu parles)
2/ Merci pour les comparaisons flatteuses! Sigur Ros est effectivement une de nos importantes influences, ce qui se verra nettement plus dans Leglag EP qui sort dans une semaine. C'est notre chanteur Enzo Clark qui a tout écrit et enregistré, et si je crois qu'il connait un peu Robert Wyatt, ça m'étonnerait qu'il ait déjà entendu la moindre note de Pavement ou VDGG. C'est pour ça que j'aime beaucoup lire ces comparaisons, car il est difficile d'avoir du recul sur sa propre musique. De toute manière si je dis n'importe quoi, il viendra me flageller en public dans les commentaires.
3/ Je suis heureux de voir que tu trouves pertinente notre propre bio. Nous n'en avions pas ; j'ai essayé d'en écrire une quand j'ai rejoint le groupe et c'était nul. Finalement je l'ai torchée en 10 minutes au retour d'une soirée très arrosée, et au réveil ça tenait encore la route. Adoptée! (en attendant mieux)
Et effectivement le groupe existe depuis 2005, mais pas sous sa forme actuelle. J'aurai peut-être l'occasion d'en parler une autre fois.
4/ Ah le défaut de communication... C'est un de nos gros points faibles mais on bosse dessus ; ce serait bête de priver l'humanité d'un tel chef d’œuvre intemporel.
5/ Ton lien "Wiki-Brest" mène vers le Bandcamp... Oups!
Et encore mille fois merci.
El Guitaristo
Ah oui, je comprends. C'est une période où je n'ai pas suivi de près le classement des blogueurs. Mais, clair, c'est de là que ça vient. Je reviens plus tard pour parler du reste...
"De toute manière si je dis n'importe quoi, il viendra me flageller en public dans les commentaires."
En effet.
Mais tu as raison pour Wyatt, que je connais même un peu moins qu'un peu, et seulement par l'intermédiaire de Buckley Sama et ses capacités de synthèses/mimétismes.
Quant aux deux autres noms, ceux-là n'ont pas encore défloré mon hymen tympanique.
Heartlag est un EP car il aurait du faire 5 titres. Mais les morceaux de 12 minutes, bof: ça ne valait pas le coup de tricher sur le nombre pour avoir bel et bien un 5 titres, mais de 40 minutes.
Certes Heartlag s'écoute comme un album, avec de longs temps de pause, des passages en suspension qui auraient vite fait de connoter différemment un EP de 5 titres (pour 15 minutes en tout). Mais 40 minutes, c'est trop court pour un album. Pour nous.
Le but était aussi de garder l'appellation EP, pour que Heartlag ne bouffe pas toute la place dédiée au reste de la trilogie.
Le défaut de communication est en cours de résolution. Leglag sonne l'arrivée d'un changement. http://www.wiki-brest.net/index.php/Blue_Chill#2.2_Genre_musical
Et je la trouve très bien, très à contre-courant, cette page Wiki, pour communiquer.
Toute façon, c'est pas grave, hein, quand je dis dans une chronique que ça ressemble à quelque chose d'autre, ce n'est pas une accusation de plagiat, c'est une tentative d'informer par la comparaison. Donc, ne pas s'en offusquer!
Pour le reste, je redis mon admiration, d'autant que je domestique progressivement Brainlag...
Quand êtes-vous à Bruxelles, exactement?
Loin de moi l'idée de m'offusquer de quoi que ce soit dans ta chronique, bien au contraire! C'est toujours intéressant de voir les rapprochements "erronés" dans les faits mais certainement pertinents et justifiés dans l'absolu. J'ai beaucoup appris avec des gens qui, par leurs comparaisons, m'ont montré des choses vraiment très bien, ou qui me touchent, en tout cas, bien naturellement, puisqu'il y a un lien de parenté.
Pour te donner peut-être une clé d'écoute, Heartlag est le petit-fils d'Astral Weeks de Van Morrison. Un petit-fils n'est pas un clone de son grand-père, mais il peut revendiquer une (grande-)filiation quand il l'estime comme un modèle. Astral Weeks est très différent, peut-être, je ne sais pas à quel point. Mais sans lui, il n'y aurait pas eu de Heartlag. C'est sûr.
Nous serons à Bruxelles le samedi 31 mars. Mais la vie va vite, et un tragique accident de voiture ou une minable overdose dans le brouillard d'une forêt humide peuvent encore arriver: je n'aurai 28 ans que le 3 avril. Jusqu'à cette date, la rockstar que je suis se sent menacée.
Merci pour tes écoutes. Leglag sort ce vendredi, et quelques semaines plus tard nous sortirons un florilège (vulgairement "best of") de choses antérieures à Floating Wood. Et cela risque de surprendre ceux qui ne nous ont connus qu'au cours de la trilogie "-lag".
Ben voilà, Astral Weeks, je n'y aurais jamais pensé! Et pourtant, oui, c'est très pertinent. Merci. Et tout-à-fait d'accord : il n'y a rien de tel que des éclairages variés sur une oeuvre!!!
Enregistrer un commentaire